Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches

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Dossier : Observation pratique du manteau neigeux

Lire la neige et comprendre par quels mécanismes sa surface évolue apporte assurément au pratiquant des informations utiles pour son confort et avant tout pour sa sécurité. Dans un premier temps, en complément d’un travail stratégique de préparation de son itinéraire à la maison (voir les articles sur la préparation de sortie en randonnée), nos tactiques de déplacement sur le terrain vont s’appuyer sur une observation fine des modelés du terrain et du manteau neigeux qui le recouvre.

La neige est-elle récente ou ancienne, sèche ou humide ? Y a-t-il eu un transport récent par le vent, si oui, dans quel sens et avec quelle intensité ? Y a-t-il eu récemment des avalanches, de quelles tailles et dans quelles orientations, pentes et altitudes ?… Les réponses à ces questions ne font souvent pas appel à des connaissances pointues en nivologie, mais au simple bon sens.

Quelques bases d’une observation pertinente de l’état de surface du manteau neigeux vont être illustrées dans ce dossier. Dans un deuxième temps, le pratiquant doit chercher à mieux comprendre la structure des différentes couches de neige. Sur le terrain, le montagnard peut mettre en oeuvre différentes techniques pour déterminer la structure d’un manteau neigeux et en évaluer la stabilité. Nous allons tenter dans les pages qui suivent d’en dresser un inventaire, en y incluant l’intérêt et les limites de chacune d’elles. Pour élargir notre éclairage sur ce sujet, nous avons interrogé différents experts quant à leurs techniques ou procédures d’observation du manteau neigeux.

La neige dans tous ses états … de surface

Sébastien ESCANDE, Cemagref
Cécile COLÉOU, C.E.N. Météo-France

En se déposant au sol, la neige peut présenter des aspects très différents, essentiellement en fonction de la température lors de sa chute et de l’intensité du vent. Sans rentrer dans une description détaillée de ses différents états cristallographiques, nous allons évoquer des cas caractéristiques, qui permettent d’en tirer des enseignements pratiques.

Quelques aspects de surface présents chaque hiver

••• Exemple 1 : température froide, neige sèche tenant par cohésion de feutrage sur des branches.

=> Nous voyons sur ce cliché l’effet d’une chute de neige très légère sans vent ; les extrémités des branches se déchargent cependant assez vite du fait de la fragilité de ce type de cohésion.  

=> Au point de vue de la sécurité pour une évolution sur le terrain, cette apparence de la neige modifie peu le niveau de danger tant que l’épaisseur de neige fraîche reste faible (moins de 15 cm). Néanmoins, cette neige peut suffire à masquer des états bien différents en dessous (neige ventée, croûtée, humidifiée, etc.) ; d’autre part, un vent seulement modéré suffit pour créer des plaques friables, à la consistance encore de poudreuse lorsque l’on skie dessus.

••• Exemple 2 : température froide, manteau neigeux travaillé par le vent.

Ces irrégularités de surfaces s’expliquent par le vent qui agit comme un véritable architecte sur les paysages enneigés : la neige est déplacée en quantité et sa qualité change. Dans tous les cas, la neige n’est transportable que lorsqu’elle est sèche. Nous trouvons des congères et grosses accumulations sous le col (à gauche), tandis que le versant est balayé par un vent latéral venant de droite. Les empreintes laissées par le vent sont orientées perpendiculairement au flux. Des zones indurées lisses (formant des « lentilles ») alternent avec des surfaces ridées où la neige est encore meuble (enfoncement à ski).

=> Ces aspects de surface évoquent plutôt une zone où l’érosion domine (le vent arrive de la droite). En bordure de cette épaule, des dunes apparaissent. Elles représentent une situation où les phénomènes d’érosion et d’accumulation s’équilibrent.

=> L’enfoncement peut y être profond, l’instabilité souvent forte.

••• Exemple 3 : ciel clair ; des versants qui évoluent différemment selon leur angle d’incidence au soleil.

Par beau temps, les différences sont marquées selon l’orientation. Les pentes au soleil reçoivent une grande quantité d’énergie, la neige s’y humidifie rapidement. En hiver, les pentes sud raides peuvent connaître des conditions de neige de printemps en surface. La saison avançant, de plus en plus de pentes seront concernées. L’heure de la journée devient alors déterminante et les pentes orientées à l’est ne sont fréquentables que tôt le matin. Les pentes où des rochers affleurent s’humidifient également beaucoup plus vite.

Sur ce cliché, deux versants subissant un rayonnement différent se font face :

=> En sud, (à droite), nous observons un manteau neigeux d’un blanc terne (ou brillant selon notre angle d’observation), les rochers sont à nu (des départs ponctuels de boules se sont produits), peu de marques récentes de transport par le vent sont visibles. La neige de surface est transformée, le versant semble figé et sera plutôt stable.

=> En nord, la neige présente des marques d’érosion/accumulation liées au vent, sa couleur est « bleutée ». Le risque de déclencher une avalanche de plaque peut exister si la neige déposée par le vent repose sur une couche de neige de faible cohésion (couche fragile de faces planes/gobelets par exemple).

Quelles sont les situations caractéristiques d’instabilité ?

••• Les hivers faiblement enneigés

Cette situation d’enneigement très faible est classique en début de saison, période de l’hiver où des couches de faible cohésion, enfouies à faible profondeur, existent en de nombreuses orientations. Les zones propices pour le ski correspondent aux accumulations.

••• Les épisodes de vent en cours

Sur ce cliché, plusieurs aspects de la neige en surface se côtoient : des phénomènes de dunes sur l’épaule derrière le skieur, tandis que sur les crêtes audessus, des rochers sont mis à nu… Il est courant, lors des épisodes de vent, que la neige transportée présente sur son épaisseur des cohésions variables. Fréquemment, de la neige meuble poudreuse (particules reconnaissables) se retrouve enfouie sous de la neige ayant une meilleure cohésion (neige transportée par le vent, plus ou moins consistante selon la force de celui-ci). Une structure de plaque (couche de neige froide ayant une certaine cohésion reposant sur une couche de moindre cohésion) est ainsi en place.

Le danger est alors très important dans les pentes où la neige s’accumule, au moment où le phénomène se produit. Par contre, il diminue en général assez rapidement après la fin de l’épisode de transport (parfois en quelques heures, le plus souvent en un à deux jours), par tassement et prise de cohésion de la couche de neige meuble enfouie sous les accumulations.

••• Les brusques redoux en cours d’épisode perturbé, donnant de la pluie

Cet aspect de la neige (coussins, rigoles dans les versants) indique une chute de pluie sur le manteau neigeux en place ; on remarquera que la pluie a cédé la place à la neige un peu avant la fin de l’épisode de mauvais temps (les arbres sont recouverts d’un peu de neige) et la couleur « bleutée » de la surface.

=> Le danger d’avalanche est présent surtout pendant qu’il pleut. Ensuite, il diminue rapidement dès l’arrêt de la pluie, car la neige s’est transformée et tassée. À noter qu’il est possible, en observant les versants, de déterminer l’altitude de la limite pluie/neige durant l’épisode de précipitations.

=> En termes de qualité de ski … sûrement pas terrible !

••• Au printemps, la neige transformée détrempée

Lors de redoux marqués (ici non liés à de la pluie) sur un manteau neigeux froid et peu dense, des coulées se produisent naturellement aux abords des rochers ou dans les grandes pentes très raides (les départs peuvent concerner toute l’épaisseur du manteau, comme ici sur cette photo).

=> L’activité avalancheuse naturelle est forte dans les pentes au soleil lors de ces redoux hivernaux. Si le temps est nuageux, doux et humide, c’est un peu dans toutes les orientations que des avalanches se produiront. Enfin, d’une manière générale, tout signe récent d’activité avalancheuse doit être pris en compte.

=> Un raisonnement par similitude sera utile pour éviter de se trouver dans les mêmes configurations de pente (exposition, altitude, inclinaison, topographie, aspect de surface, etc.) �� Cette observation pourra judicieusement être complétée par celle de signes d’alarme typiques : des « whoums » (isolés ou non), des fi ssurations devant les skis, des départs spontanés de plaques visibles (isolés ou multiples, taille et épaisseur de la cassure, localisation, etc.) Les apports de l’observation de la neige en profondeur En préambule, il convient de rappeler que l’aspect de la neige en surface permet rarement de déduire l’état de stabilité d’une pente. Cette analyse nécessite de prendre en compte la nature et l’organisation des différentes couches (stratigraphie) et leur répartition spatiale dans le versant (selon l’exposition, la raideur, la topographie du terrain, etc.). Nous allons maintenant passer en revue les différents stades, plus ou moins élaborés, de cette analyse : �� estimation des conditions nivologiques par croisement des bulletins d’estimation du risque d’avalanche et de nos connaissances des processus d’évolution de la neige. L’apport restera régional, voire local, si l’on connaît bien un secteur (par exemple parce que l’on y habite) �� des mesures ou des tests ; ils permettront d’affi ner son analyse des conditions dans une pente et d’en apprécier l’instabilité éventuelle. Ces informations n’ayant hélas qu’une validité ponctuelle, leur interprétation ne donnera qu’une information partielle sur l’évaluation générale du risque d’avalanche. Confronter le BRA et les observations de terrain Lors de la lecture du BRA, l’information retenue par les randonneurs se limite souvent à l’estimation chiffrée du risque d’avalanche. Mais ce seul chiffre, s’il donne une idée générale du niveau de danger pour la journée, n’apporte pas d’information pratique. C’est dans le texte du bulletin que l’on trouvera des précisions sur le risque d’avalanche et sa localisation. Des départs spontanés d’avalanche peuvent-ils se produire ou bien le risque est-il plutôt de déclencher une avalanche au passage d’un skieur ? Quels sont les orientations, les altitudes, les types

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