Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches

BOUTIQUE ANENA

adhésion - abonnement 2016

Soutenez les actions de l'Anena

ADHÉREZ !! par carte ou par chèque directement en ligne

faites un don à l'Anena

Où nous trouver ?

15, rue Ernest Calvat
38000 Grenoble

Accéder au plan

Tél : + 33 (0)4 76 51 39 39
Fax : + 33 (0)4 76 42 81 66 

Suivez nous

   

Le B.R.A.

Le Bulletin du Risque d'avalanche

neige et avalanches n° 130 - anena

Le bulletin d’estimation du risque avalanche est un outil d’aide à la décision prépondérant, tant pour les randonneurs, les élus, que pour les professionnels ou les services en charge de la sécurité (routes, domaines skiables…) Néanmoins, il ne trouve sa pleine valeur que dans la comparaison avec une observation et une analyse fines du terrain sur lequel on évolue ou celui dont on a la charge. C’est pourquoi, il est indispensable, plus particulièrement pour les randonneurs, d’acquérir un minimum de connaissances en nivologie, gage d’une meilleure appréciation du risque : c’est bien en confrontant sa propre analyse à celle du BRA, que naîtra un début de réflexion : y aller, ou renoncer, ouvrir les routes, les pistes, ou les fermer…

Le dossier ci-après fait un état des lieux de la situation en France comme en Italie, traite des évolutions à venir, en donnant d’un côté la parole aux utilisateurs, de l’autre au concepteur de l’estimation du risque telle qu’elle est faite par les services de Météo France. Le point de vue Suisse sera abordé dans la prochaine revue « Neige et Avalanches », sous la forme d’une interview de Robert Bolognesi, expert en avalanche, croisée avec celle de Cécile Coléou, coordinatrice nationale de la prévision du risque (son interview est en page 4 de ce numéro). Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont exprimé leur opinion sur un sujet délicat, qui fait toujours débat, ce qui est bien légitime en soi, au vu de l’importance que revêt le bulletin vis-à-vis de notre sécurité.

Point de vue sur le BRA

Interview réalisé par Dominique Létang (Directeur de l'Anena) auprès de Cécile Coléou (Responsable nationale de la Prévision du Risque d'Avalanche Météo-France-CEN) -

••> Dominique Létang (ANENA) : Le BRA, tel qu’il se présente actuellement, est-il à vos yeux satisfaisant ?

==> Cécile Coléou (Météo France) : En tant que producteur de ces bulletins, Météo- France est à l’écoute des différents groupes d’utilisateurs. De multiples sources permettent de mesurer leurs attentes. Ainsi, des réunions régulières sont organisées avec la Sécurité Civile et des organismes représentant les professionnels de la montagne, des retours directs parviennent aux prévisionnistes avalanche départementaux ; l’Anena est également un lieu de concertation. Le public des randonneurs amateurs reste un des plus difficiles à toucher en dehors des associations. Les nombreux retours sur les sites dédiés au ski de randonnée montrent que le BRA est de plus en plus consulté, certaines situations étant même largement discutées sur les forums. Enfin, des enquêtes ponctuelles réalisées sur le BRA montrent généralement un fort taux de satisfaction mais des améliorations sont bien sûr possibles, notamment pour l’information des pratiquants de ski hors-pistes peu sensibilisés au risque avalanche mais qui représentent pourtant 40 % des victimes.

 

••> Quels sont, selon vous, ses points forts et ses points faibles ?

==> Un des points forts du BRA est qu’il s’appuie sur une organisation de la prévision du risque d’avalanche basée sur un réseau d’observateurs nivo-météorologique formés et compétents, des outils de traitement des données observées, des modèles de prévision météorologique, une modélisation spécifique de l’évolution de la stabilité du manteau neigeux et des prévisionnistes avalanche motivés et souvent montagnards. Parmi les points faibles, le plus souvent souligné est la forme de ce bulletin, presque exclusivement du texte, où les éléments les plus importants de la situation ne sont pas toujours faciles à identifier et assez difficiles à mémoriser. En conséquence, la seule information retenue est bien souvent celle du chiffre du risque, forcément très (trop) réductrice. Le BRA est souvent également perçu comme un peu trop technique.

••> Le BRA vous semble-t-il tenir compte de la problématique avalanche de l’ensemble des usagers, ou seulement de certains ?

==> Le BRA décrit la situation générale sur les avalanches que l’on peut attendre dans les 24 heures suivantes dans un massif (départs spontanés et déclenchements par les skieurs, type d’avalanche, éléments de localisation, horaires, etc.). Il est à considérer comme un outil d’aide à la décision parmi d’autres, chaque usager, selon sa problématique dispose d’autres éléments d’information. Par ailleurs, d’autres facteurs en dehors de la nivologie sont à considérer dans le processus de décision. En ne considérant que les aspects nivologiques, plus on s’approche d’une échelle spatiale fine (celle d’un couloir, d’une pente), plus les éléments d’observation du terrain prennent de l’importance. Un même usager peut donc avoir des problématiques différentes et une utilisation différente du BRA. Le randonneur pourra utiliser les informations générales du BRA en préparation pour le choix de sa course, ensuite sur le terrain, il devra confronter les éléments observables du bulletin à ceux qu’il peut observer directement. Un gestionnaire de la sécurité d’un secteur routier pourra utiliser les éléments du BRA pour une mise en alerte mais devra tenir compte des conditions observées dans chaque couloir (quantité de neige accumulée, déclenchement artificiel, ouvrages de protection, …) pour analyser le risque local et décider de la fermeture ou non de la route.

••> Vous semblerait-il utile, voire nécessaire, qu’il y ait un BRA pour les pratiquants de la montagne et un autre pour les responsables et gestionnaires des routes, infrastructures et habitations ?

==> Le phénomène avalanche fait également l’objet d’un suivi sur la carte de vigilance diffusée par Météo-France, la couleur orange sur cette carte signale des situations à très fort risque de départs spontanés pour lesquelles de nombreuses routes ou habitations peuvent être menacées. Quelques tronçons routiers de montagne sont par ailleurs plus régulièrement soumis au risque d’avalanche. Pour ces sites, la prévision du risque d’avalanche est nécessairement plus locale que celle du BRA à l’échelle du massif, ce qui conduit à la mise en place d’assistances particulières. La prévision du risque d’avalanche n’est d’ailleurs qu’un des aspects de cette assistance, la gestion du risque avalanche sur ces secteurs s’appuie également sur un travail d’identification cartographique (zonage), la mise en place de mesures de protection active (déclenchement préventif) ou de protection passive (ouvrages), le suivi des conditions locales d’évolution du manteau neigeux. Pour ces assistances, les gestionnaires de ces secteurs font appel à des experts en nivologie de Météo France et d’autres services comme le Cemagref et les services RTM ou d’entreprises privées.

••> Le BRA fait largement référence à l’échelle européenne. Cette échelle, utilisée depuis maintenant plus de 15 ans, vous semble-t-elle bien remplir son rôle ?

==> Quel est le rôle de l’échelle ? Le rôle de l’échelle de risque d’avalanche dans le BRA est de fournir une information synthétique sur la situation du lendemain. On pourrait croire qu’elle est bien connue car souvent médiatisée. En fait beaucoup savent qu’elle a 5 niveaux classés suivant l’importance du risque auquel s’expose l’usager, très peu savent en revanche que la gradation du risque est basée sur l’extension géographique et l’aggravation de l’instabilité du manteau neigeux (plus grand est le nombre de pentes instables et plus forte est l’instabilité, plus élevé est l’indice du risque) et seuls quelques initiés connaissent les types de situations auxquelles on peut s’attendre pour chacun des niveaux (que l’avalanche ait une cause naturelle –départ spontané– ou accidentelle– déclenchement provoqué par le skieur lui-même).

••> Sinon, quels sont ses points faibles, et que faudrait-il changer ?

==> À sa création en 1993, le contenu de cette échelle a fait l’objet d’une longue concertation entre les services de prévision avalanche de différents pays, c’est son point fort, mais aussi son point faible car elle rend son évolution plus difficile. Des évolutions sont pourtant régulièrement proposées. Parmi les plus récentes, on peut citer une proposition suisse de faire une seconde échelle pour les risques d’avalanches de neige humide. Une autre proposition a été évoquée l’an dernier lors de la réunion des services européens d’avalanche à Innsbruck pour pallier la sous-estimation du risque de niveau 3 par les usagers, souvent considéré à tort comme un risque moyen. Elle consistait à remplacer les termes associés au risque de niveau 3 (marqué) par « fort » puis le risque 4 (fort) deviendrait « très fort » et le risque 5 (très fort) deviendrait « extrême », les modifications des risques 3 et 4 n’ont pas été retenues, mais les discussions se poursuivent encore pour le risque 5. Une échelle à 5 niveaux est forcément imparfaite et réductrice, il faut donc plutôt s’attacher à faire évoluer le contenu et la forme du BRA et développer les actions d’information sur son utilisation.

••> À l’usage, il semble exister des différences entre la France et la Suisse dans l’utilisation de l’échelle européenne de risque d’avalanche : Météo France tendrait à surestimer le niveau de risque tandis que son homologue suisse tendrait au contraire à le sous-estimer. A vos yeux, qu’en est-il réellement?

==> Pour limiter ces différences, le travail de concertation entre les services européens de ces dernières années a surtout porté sur l’harmonisation de l’utilisation de cette échelle par la présentation de situations types dans chaque niveau de risque et la préconisation d’utilisation de tableaux pour mieux se positionner dans l’échelle pour les situations non décrites explicitement. Quelques différences subsistent entre la Suisse et la France, mais elles ne sont pas systématiques. J’en citerai deux qui peuvent expliquer ce ressenti de la part des utilisateurs : d’une part, sur l’utilisation globale du niveau de risque, la Suisse n’utilise généralement qu’un seul indice sur ses régions tandis qu’en France il est courant d’utiliser deux indices de risque sur un même massif avec une limite d’altitude ou une évolution temporelle. D’autre part, le niveau de risque fort (niveau 4) correspond à des situations pour lesquelles des déclenchements d’avalanche par les skieurs sont fréquents dans de nombreuses pentes ; en Suisse, l’utilisation de ce niveau de risque implique une activité avalancheuse spontanée importante alors qu’en France, le risque fort (4) est aussi utilisé dans des situations où le risque de départ spontané peut rester limité.

••> La fréquence normale des BRA (ndlr, un par jour, pour 16 h 00) et la période de disponibilité (ndlr : en principe, du 15 décembre au 30 avril) vous semblent-elles satisfaisantes ?

==> Sur la fréquence quotidienne des BRA, diffusés vers 16h : cela permet aux usagers de s’organiser sur la base d’une prévision pour le lendemain. Un renouvellement systématique du bulletin le matin n’est pas possible par manque d’informations reçues suffisamment tôt ; un renouvellement est fait occasionnellement en cas de modification des conditions prévues. Sur la période de l’année couverte par le BRA, la base de l’information nécessaire à la prévision est fournie par le réseau nivo-météorologique tenu très majoritairement par des services des pistes, ce qui rend cette information très dépendante des dates d’ouverture et de fermeture des stations de ski. La demande d’information sur les risques d’avalanche sur une période plus longue, essentiellement pour les randonneurs, a été prise en compte en diffusant des bulletins d’information neige et avalanche en début de saison à partir du 1er novembre et en fin de saison jusqu’à la mi-juin au moins deux fois par semaine, les lundi et jeudi, sur les mêmes supports de diffusion.

••> Y a-t-il une demande de prolonger l’échéance de validité du BRA au-delà de celle actuelle (ndlr : J+1 pour le risque chiffré et les différentes rubriques du bulletin, J+2/J+3 pour la tendance ultérieure succincte) ? Si oui, serait-ce possible ?

==> La demande de prolonger la validité du BRA est marginale. L’échéance actuelle du bulletin avec des conditions détaillées pour le lendemain et une tendance succincte pour J+2, J+3 ne semble pas poser de problème, probablement car la principale utilisation est faite par des randonneurs pour des sorties à la journée.

••> Le BRA ne pourrait-il pas donner chaque jour le niveau de risque d’avalanche spontanée et le niveau de risque d’avalanche provoquée, ce qui permettrait de mieux identifier chacun type de risques ? (par exemple : risque spontané limité et risque provoqué marqué). Qu’avez-vous à répondre à cela ?

==> La proposition peut paraître séduisante, mais après réflexion elle n’apporterait que peu d’information complémentaire, voire elle pourrait être une source de confusion pour des utilisateurs peu formés en nivologie. Un autre inconvénient est de mettre encore plus l’accent sur des indices chiffrés. C’est pourquoi cette proposition n’a pas été retenue dans le projet d’évolution du BRA. En revanche, on retient l’idée de décrire succinctement les deux types d’avalanches attendues (spontané, provoqué) ainsi que la localisation des pentes les plus dangereuses pour les skieurs.

••> Le BRA ne pourrait-il pas prendre une autre forme la veille de week-ends durant lesquels il est prévu un risque d’avalanche élevé : couleur, mise en garde particulière, etc. ?

==> Une procédure de mise en garde particulière existe déjà pour cibler ces journées à fort risque de déclenchement d’avalanche par les skieurs où une fréquentation importante est attendue (weekend, vacances scolaires, beau temps, etc.). Les services de Météo-France (Point Focal Avalanche de Grenoble ou de Tarbes) émettent alors un « communiqué météorologique de presse », qui est largement repris dans les médias et signalé sur les pages Montagne du site www.meteofrance. com. Sept messages de ce type ont été émis l’hiver dernier sur les Alpes et deux sur les Pyrénées.

••> La justice utilise fréquemment le BRA lorsque des responsabilités sont recherchées à la suite d’un accident d’avalanche. L’utilisation qu’elle en fait vous semble-t-elle correcte ?

==> Cette question est délicate, chaque cas d’accident d’avalanche étant particulier. Toutefois, je m’appuierai sur les retours d’un questionnaire proposé par l’Anena à l’attention du monde judiciaire à propos de « l’information disponible sur le risque d’avalanche et de leur utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire sur un accident d’avalanche hors des pistes ouvertes ». Les réponses sont les suivantes. Du côté des enquêteurs, comme il s’agit de porter à la connaissance de la justice des éléments factuels sans les commenter et sans hiérarchisation, le BRA (indice et contenu) est systématiquement joint au dossier ainsi que d’autres éléments tels que la signalétique en station et la prévision locale. Du côté des magistrats, l’appréciation se fait au cas par cas et tous les éléments sont généralement pris en compte ; leur attention porte sur « une description aussi précise que possible des événements, informations (...) précédant l’avalanche et l’information particulière que pouvaient avoir les responsables de la sécurité et autorités publiques ».

Vers une évolution du B.R.A.

Quelques éléments de contexte

Pendant la période hivernale Météo-France élabore une prévision des risques d’avalanche sur les départements des Alpes, des Pyrénées et de la Corse. La forme principale de l’information diffusée est le bulletin d’estimation du risque d’avalanche (BRA). Rédigé quotidiennement par les prévisionnistes avalanches de 9 centres météorologiques de montagne, il est valable pour le lendemain. C’est une synthèse de la situation à l’échelle départementale mais des informations sont détaillées à l’échelle du massif (2 à 7 massifs par bulletin).

Ce bulletin est un outil d’aide à la gestion du risque d’avalanche utilisé pour des besoins différents par des publics que l’on peut classer en trois catégories :

• des responsables de sécurité (Sécurité Civile, maires, gestionnaire de routes, RTM) qui consultent le BRA lorsque des avalanches pouvant menacer des routes ou des habitations sont attendues ;

• des pratiquants d’activité de loisirs en montagne (ski, surf, raquette, alpinisme, …) en randonnée ou dans des secteurs hors-pistes. Qu’ils soient professionnels (guides, moniteurs, accompagnateurs, secours en montagne) ou amateurs (en club ou individuel), ces pratiquants consultent régulièrement le

• des services de sécurité des pistes, catégorie un peu à part puisque beaucoup d’entre eux sont des acteurs importants de la prévision du risque d’avalanche grâce aux observations qu’ils transmettent régulièrement aux centres météorologiques. Ils consultent quotidiennement le BRA pour la gestion des risques d’avalanche en station de ski et pour l’information du public. Concernant le public des randonneurs, des études ont été menées dans plusieurs pays européens pour évaluer l’apport de l’information contenue dans les bulletins avalanches. En particulier une étude conduite sur le terrain auprès de randonneurs a montré que la majorité des pratiquants (2 sur 3) était capable de restituer l’indice de risque, mais parmi ceux-ci, seule une minorité (1 sur 3) retenait correctement d’autres informations du bulletin. Ces derniers pratiquants avaient un niveau de connaissance important en nivologie. Par ailleurs, les statistiques sur les accidents mortels d’avalanches en France montrent que l’activité de randonnée représente environ 45% des victimes.

C’est en s’appuyant sur ces constats que l’objectif d’évolution du BRA a été fixé : le rendre plus accessible à un plus grand nombre d’utilisateurs en ciblant le public de randonneurs peu formés en nivologie tout en conservant une information complète pour les usagers plus avertis.

neige et avalanches n° 130 - anena

Des étapes préalables

Un groupe constitué de prévisionnistes avalanches et de quelques représentants d’usagers randonneurs a d’abord travaillé sur le contenu des différentes rubriques du BRA actuel afin d’en hiérarchiser l’information. Les principales remarques faites sur les différentes rubriques sont :

• « l’estimation des risques d’avalanche » est présentée sous forme d’un indice par massif en référence à l’échelle européenne de risque d’avalanche. L’indice de risque, même s’il est considéré comme trop réducteur, doit rester un élément important pour donner une première idée du niveau général de danger de la situation ;

• « l’aperçu météo », très court, présente surtout les phénomènes marquants pour l’évolution du manteau neigeux. Il fournit des éléments que l’on peut trouver dans d’autres sources comme les bulletins de prévision météorologique plus détaillés ;

• il en est de même pour les « conditions d’enneigement » (limite d’enneigement, qualité de la neige), information que les randonneurs vont parfois également chercher ailleurs sur les sites de compterendus de course par exemple. Quoique ces deux rubriques ne paraissent pas essentielles, elles doivent être maintenues car elles fournissent des éléments généralement assez facilement observables sur le terrain, ce qui permet au randonneur de comparer la prévision à sa propre observation le lendemain ;

• la partie « stabilité » est la spécificité et la pièce maîtresse de ce bulletin. Elle apporte les principaux éléments susceptibles d’orienter le choix de l’usager. Elle contient un titre puis des informations détaillées sur la situation et, selon le type de déclenchement d’avalanche attendu (départ spontané et déclenchement provoqué par les skieurs), des précisions sur le nombre, la taille, le type des avalanches, des indications de localisation ainsi que des informations plus techniques sur les causes des instabilités. Cette rubrique est très dense. Il est parfois difficile d’identifier quels sont les éléments les plus importants de la situation, le titre en tête de la rubrique remplissant insuffisamment ce rôle. Une autre difficulté pour l’utilisateur est de trier l’information qui concerne le massif qui l’intéresse ;

• la partie « tendance » qui donne une indication succincte de l’évolution de la stabilité pour les deux jours suivants doit aussi être conservée. Le second travail a consisté à choisir parmi les éléments les plus importants quelle information pouvait être présentée sous forme graphique. Les principales conclusions du groupe étaient :

• le bulletin doit proposer un premier niveau d’information de synthèse pour chaque massif très visuel et graphique ;

• le second niveau conservera des informations plus détaillées sur la stabilité du manteau neigeux et quelques éléments sur les conditions météo et l’enneigement ;

• les graphiques utilisés doivent être si possible ceux préconisés par le groupe des services européens de prévision d’avalanche.

Une première maquette

Au terme de longues discussions, ces réflexions ont conduit à proposer la maquette suivante avec deux niveaux d'information :

• une carte synthétique, par département, (voir encadré) sur laquelle sont présentés pour chaque massif les éléments les plus importants de la situation :

> un court texte sur les conditions d'avalanches pour le lendemain se lon le type de déclenchement (départs spontanés et déclenchement par les skieurs).

> un indice de risque - ou 2 en cas de distinction d'altitude,

> une indication sur les orientations des pentes les plus dangereuses sous forme graphique,

• Un bulletin par massif réorganisé où l'on retrouve les rubriques du BRA actuel avec un texte plus court puisque la situation est décrite pour un seul massif au lieu d'une synthèse sur tout le département.

Cette nouvelle forme du BRA a été testée pendant le mois de mars en Isère. Un questionnaire destiné à recueillir l’avis des utilisateurs était proposé à la suite de ce test.

 

bulletin d'estimation 1 - anena

bulletin d'estmation avalanche 2 - anena

bulletin d'estimation avalanche 3 - anena

L'avis des utilisateurs

De nombreux utilisateurs ont consulté le site pendant la période du test et une centaine de personnes ont renvoyé le questionnaire, souvent accompagné de messages de satisfaction pour le travail réalisé par les prévisionnistes avalanche. Ce questionnaire demandait un avis sur les principales modifications et les différentes parties du bulletin. Les résultats sont résumés ci-dessous.

• concernant les 2 niveaux d’information : 74 % trouvent la carte très utile et 96 % le bulletin détaillé par massif très utile ;

• concernant la carte synthétique des risques sur le département : 85 % pensent que l’information est lisible et 72 % que le niveau d’information est suffisant. C’est le graphique d’orientation des pentes les plus dangereuses qui a posé le plus de problème. Il a été considéré comme incompréhensible par 26 % des utilisateurs ;

• concernant le découpage par massif : même si 70 % des utilisateurs consultent les informations pour plusieurs massifs le même jour (3 en moyenne), ils considèrent à 90 % que la lecture est facilitée. Par ailleurs, ce n’est pas un problème (69 %) ou il apparaît peu gênant (22 %) que les bulletins de massifs différents puissent être identiques certains jours ;

• concernant le bulletin par massif : 84 % trouvent l’introduction de graphiques très utile. Le souhait de plus de graphiques n’est pas majoritaire, avec seulement 26 % à 43 % d’avis dans ce sens (pour la partie météo). Finalement, la nouvelle organisation de cette page convient à 84 % des utilisateurs.

De plus, de très nombreux commentaires accompagnaient les questionnaires. La plupart des participants à l’enquête apprécient le projet, toutefois, le sentiment d’une perte d’information par rapport au BRA actuel est exprimé par certains. Plusieurs personnes souhaitent le maintien du bulletin de synthèse hebdomadaire (bulletin rédigé chaque jeudi qui signale les phénomènes marquants et chutes de neige de la semaine précédente). Beaucoup de remarques portent sur la forme des graphiques avec de nombreuses propositions pour améliorer leur lisibilité ; le besoin d’une légende est également signalé. Le souhait de garder du texte qui permet d’exprimer plus de nuances que les graphiques est une demande fréquente.

Le retour des rédacteurs sur la faisabilité de ce nouveau BRA était également très attendu. En effet, ce BRA multiplie les bulletins à produire. Les prévisionnistes avalanche de Grenoble ont trouvé la rédaction plus longue et la mise en forme fastidieuse, mais le découpage par massif est plus conforme à la démarche d’analyse de la situation, ce qui conduit à un résultat final plus satisfaisant. Ils sont aussi satisfaits de voir évoluer le BRA dans une forme nouvelle qui plaît et semble même attendue par la grande majorité des utilisateurs.

La suite

Compte tenu des réponses, une évolution du BRA est souhaitable, mais du travail reste à faire pour généraliser le test fait en Isère aux autres départements avec les contraintes d’une production opérationnelle :

  • finaliser une version à partir de la maquette en prenant en compte les remarques des utilisateurs ; 
  • obtenir des retours des autres catégories d’usagers pour s’assurer que le bulletin convient à tous ; 
  • trouver des solutions pour tous les supports de diffusion, notamment le répondeur téléphonique ; 
  • définir et développer les outils de saisie de ces bulletins pour les prévisionnistes avalanche. 

Le calendrier actuel prévoit une évolution en deux temps ; tout d’abord la réalisation de la carte des risques synthétique sur le département puis celle des bulletins par massif. La mise en place de cette nouvelle forme du bulletin est envisagée pour le début de l’hiver prochain, au moins pour la première partie.

Pour conclure

Il est important d’adapter le BRA aux attentes des utilisateurs et de fournir le meilleur produit possible. Pour autant, il ne faut pas oublier que ce bulletin n’est qu’un outil d’aide à la décision. Pour les randonneurs, les éléments contenus dans le BRA peuvent orienter le choix de la course ou de l’itinéraire, aider à adapter le comportement du groupe dans certains secteurs, mais sur le terrain, la confrontation de ces éléments à ce qui est observé est indispensable. Les connaissances en nivologie et l’expérience sont importantes tout comme la prise en compte de bien d’autres facteurs outre la nivologie si l’on souhaite pratiquer la randonnée sur terrain enneigé avec une sécurité maximale.

L'avis des utilisateurs professionnels

Deux lectures pour le BRA : interne au service et affichage public

JL Tuaillon : Directeur du service des pistes de Châtel

••> Lecture en interne : utilisation opérationnelle pour le service des pistes. En fin d’après-midi, confirmation en cohérence avec le BRA de l’organisation de la journée du lendemain. Décision de réaliser ou non un PIDA en fonction de la prévision du risque d’avalanche. Selon les prévisions, la quantité de neige fraîche attendue et la fragilité du manteau neigeux, l’organisation des équipes de déclenchement (horaires, nombres, moyens) et du damage peuvent changer. Les informations contenues dans le BRA sont complètes, et les services des pistes, le plus souvent, n’utilisent pas toutes les finesses de ses prévisions. Cela signifie, qu’il n’y a pas un PIDA vent d’est ou un PIDA vent d’ouest, c’est souvent une mise en oeuvre complète ou pas. On peut, même sans réelle prévision locale du risque d’avalanche, compte tenu des précisions du BRA, interpréter au niveau local, ce qui peut entraîner une différence dans les moyens mis en oeuvre.

••> Affichage au public : certains font un large affichage grand public du BRA, d’autres le réservent aux seuls professionnels (écoles de ski, guides). Malheureusement, tout le monde ne le lit pas, même dans les pratiquants du hors-piste. Parfois, il reste un outil interne pour le seul service des pistes les jours de risque faible ou limité et il garde un bon impact pour une diffusion réservée aux jours de risque fort ou très fort.

 

Le Syndicat national des guides de montagne

Dans une société de plus en plus policée où le principe de précaution ne favorise pas l’esprit de découverte et d’aventure, le BRA est souvent utilisé à tort par les magistrats pour mettre en évidence une imprudence ou une éventuelle prise de risque. Pourtant, n’indique t-il pas qu’une « moyenne » de l’état du manteau neigeux à l’échelle d’un massif ? Un professionnel comme un amateur averti ne disposent-ils pas d’informations et d’outils beaucoup plus précis et à jour sur le terrain, que la veille sur un bulletin généraliste ? Élément indispensable à la préparation d’une sortie, le BRA sert à choisir un massif ou un versant mais ne peut pas refléter la complexité du risque avalancheux sur chaque itinéraire. Cela n’a jamais été sa vocation mais il est toujours bon de le rappeler.

Les BRA sont consultés quotidiennement par les guides. Les renseignements qu’ils apportent sont complétés par ceux que l’on peut observer sur le terrain. Cet ensemble d’informations collectées influence fortement la prise de décision du professionnel.

Plusieurs précisions ou améliorations du BRA pourraient faciliter cette prise de décision :

• jusqu’à quelle altitude la prévision est-elle valide ? Peut-être faut-il subdiviser les massifs en aires plus petites. Lorsque le risque va évoluer dans la journée, il serait intéressant d’indiquer pour quand cela est prévu (mi-journée, milieu d’aprèsmidi, etc.) ;

• le BRA est édité la veille à 16h00. Les guides souhaiteraient qu’il y ait une mise à jour systématique le lendemain matin en fonction des conditions réelles qui se sont passées pendant la nuit ;

• étant par définition une « prévision » et une « estimation », un indice de confiance (sur le modèle des bulletins météo) permettrait au lecteur de se faire une idée de la fiabilité du bulletin ;

• enfin, les niveaux de risque 3 et 4 présentant le plus de difficultés d’interprétation et couvrant beaucoup plus de situations différentes et complexes que les autres niveaux de risque, pourquoi ne pas oser subdiviser ces risques (en 4+ par exemple ou bien 4a, 4b, 4c sur le mode des cotations d’escalade) ?

Même si cela ne fait aucun doute que le BRA est un outil d’information précieux, il faut relativiser sa portée dans la prise de décision finale. Bon sens et observations de terrain sont en effet tout aussi importants. Il serait certainement bénéfique que les professionnels puissent participer au réseau de mesure de Météo France en transmettant des informations directement depuis le terrain vers les centres de prévisiontout le monde ne le lit pas, même dans les pratiquants du hors-piste. Parfois, il reste un outil interne pour le seul service des pistes les jours de risque faible ou limité et il garde un bon impact pour une diffusion réservée aux jours de risque fort ou très fort.

 

La Fédération française des clubs alpins de montagne

JY Ferrandis : FFCAM

Ma première utilisation du BRA est celle du pratiquant, éloigné des montagnes (encore qu’il y ait quelques sommets emblématiques dans la région de Montpellier !). Le choix de la destination du week-end est souvent fonction du bulletin du jeudi ou du vendredi, dans lequel on trouve un aperçu météo et la tendance d’évolution du risque. En le consultant les jours précédant une sortie, il est possible de se faire une bonne idée des conditions sur un massif (les limites skiables, les quantités de neige tombées, etc.). Le bulletin de synthèse du jeudi est aussi bien utile...

Le BRA est pour moi un outil essentiel dans la préparation et la planification de la course. Ce n’est pas le bulletin qui m’interdit ou m’autorise une sortie : il constitue un élément, important, dans mes choix, en donnant une information, au niveau d’un massif, sur le danger d’avalanche. Une fois sur le terrain, il me paraît important de s’interroger régulièrement sur le risque observé localement et le risque annoncé. Ce questionnement participe à part entière à la prise de décision finale. En tant que formateur à la FFCAM, il constitue un outil très intéressant...

Quel que soit le niveau des stagiaires, il est un point d’entrée pour les questions liées à la neige et aux avalanches. Pour le débutant, il permettra de présenter, lors de la lecture du bulletin, des notions essentielles, comme stabilité, départ, déclenchement, faces planes, etc. Pour le pratiquant un peu plus expérimenté, il est présenté comme outil essentiel de la méthode 3x3, et son utilisation doit être couplée à l’appréciation des pentes envisagées ou parcourues... Pour aborder les facteurs humains et la subjectivité des interprétations, on peut par exemple discuter des éléments du bulletin qui paraissent favorables et de ceux qui paraissent défavorables... C’est donc en ce sens un outil très riche, que nous exploitons sans réserve, en choisissant quelques BRA « caractéristiques » !

Lors de ces nombreux stages, nous avons donc l’occasion de discuter de limites d’utilisation du BRA, des évolutions possibles... L’une d’entre elles me paraît indispensable : il s’agit de l’affichage de l’indice de risque sous la forme d’un chiffre, notamment pour l’indice de risque 3. Le risque 3 reste (inconsciemment peut-être) un risque moyen... La principale raison est simplement que 3 se situe entre 1 et 5, juste au milieu ! Peu de gens ont en tête la double échelle de risque (une échelle pour les départs spontanés avec 5 niveaux et une échelle pour les déclenchements provoqués avec 4 niveaux ; c’est essentiellement cette échelle qui concerne les randonneurs). Il y a à mon avis une réelle banalisation du risque 3. Il me semblerait préférable de rappeler lors de la présentation de l’indice (notamment sur les cartes par massif) : indice 3/4 et non 3/5 ! C’est certes un détail mais qui a son importance dans l’interprétation de l’indice de risque. À chacun ensuite, en connaissance de cause, d’intégrer ce paramètre dans le choix de la course, la gestion de l’itinéraire et la prise de décision.

 

Le service RTM des Pyrénées-Orientales

R Claudet : Chef du service RTM des Pyrénées Orientales

Le service de Restauration des Terrains en Montagne (RTM) des Pyrénées-Orientales a recours au BRA durant la totalité de la saison hivernale. Nos missions de service public exigent en effet une veille continue sur les informations relatives au risque avalanche. Le BRA, élaboré par massif, est l’outil de base de notre veille, que nous complétons par des données et des analyses plus poussées sur les couloirs les plus à risque.

Notre action s’exerce selon deux axes. D’abord « l’appui à la gestion de crise », mission commune aux différents services RTM : après des épisodes de chutes de neige abondantes, l’autorité compétente (préfet, maire) attend que nous lui donnions une appréciation aussi précise possible de la situation et surtout des recommandations pour les couloirs menaçant des enjeux essentiels tels que des lieux habités et les accès aux villages. Ensuite, de façon particulière, nous assistons la Direction interdépartementale des routes du Sud-Ouest, pour qu’elle adapte la gestion du trafic dans les zones menacées par des couloirs avalancheux le long de l’axe international d’accès à l’Andorre et à l’Espagne (Pyrénées-Orientales et Ariège) et préconisons les tirs préventifs dans les couloirs équipés de déclencheurs.

L’outil BRA répond-il bien à nos besoins ? La réponse est oui et l’intégralité du bulletin est d’intérêt pour nous. En pratique, c’est moins l’indice final par massif qui nous importe (nous le savons orienté pour les activités de loisir), que la description intégrale des facteurs de risques et bien sûr des éléments de prévision. Nous sommes très attentifs aux conditions de vent et de température lors des épisodes neigeux, car les couloirs que nous surveillons se remplissent de façon extrêmement variable. Nous recoupons les données du BRA avec notre connaissance des couloirs.

Exemple : par fort vent de nord-ouest (tramontane), 50 cm attendus dans le secteur du Puymorens pourront donner des remplissages faibles dans le couloir du D’en Guillaume (Porté) exposé sud mais de fortes accumulations dans les couloirs proches du val de Carol (Porta) exposés est.

S’il faut émettre des souhaits, ce serait prioritairement de décliner le BRA avec davantage de précisions géographiques. Nous avons constaté que le centre départemental météorologique des Pyrénées-Orientales a répondu à notre attente en Puymorens- Capcir. Serait-il possible de subdiviser le vaste ensemble Cerdagne-Canigou en unités plus homogènes ? En outre, nous apprécierions des informations plus détaillées sur les causes d’instabilité du manteau neigeux.

Dossiers de presse | Coordonnées Anena | E-mails équipe | Plan d'accès | Plan du site | Mentions légales