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Dossier : les tests de stabilité du manteau neigeux

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Déterminer la probabilité qu'une avalanche se déclenche dans une pente donnée est un problème auquel sont régulièrement confrontés les professionnels des avalanches comme les amateurs de randonnée hivernale ou de hors-piste. De quels moyens dispose-t-on pour choisir entre " y-aller ou renoncer " ? Nous ne nous intéresserons ici qu'à un aspect, celui de l'état de la neige, bien que de nombreux autres facteurs, humains, topographiques, météorologiques, doivent être pris en compte. Dans certains pays, l'utilisation de tests de stabilité et l'interprétation de leurs résultats interviennent pour une part importante dans le processus de décision.

L'objectif de ce dossier est tout d'abord de décrire ces différents tests dont certains sont assez méconnus en france. Avant toute chose, il faut noter qu'une expérience de leur pratique est indispensable pour en appréhender les limites. Par ailleurs, les utilisateurs doivent être conscients que les tests de stabilité ne fourniront pas de réponse directe au choix évoqué plus haut, ni même un indicateur absolu de la stabilité de la pente, mais simplement une pièce de plus pour compléter le puzzle qu'est l'évaluation du risque d'avalanche. Pour aider à cerner l'intérêt et les limites de l'utilisation des tests de stabilité, les pages suivantes regroupent les avis de plusieurs professionnels (guides, scientifiques, enseignants) qui les utilisent régulièrement avec des objectifs variés, de la prévision du risque d'avalanche à différentes échelles (du massif à celle d'une pente), à la sensibilisation à la nivologie.

Dossier coordonné par Cécile Coléou, avec la participation de Robert Bolognesi, Olivier Brüggimann, Alexis Mallon, Claude Rey, Jürg Schweizer et Jean-Paul Zuanon.

Description des différents tests

Cécile Coléou
Météo-France / Centre d'Étude de la Neige

Lorsque la visibilité est bonne, l'observation du manteau neigeux peut commencer bien avant d'être sur la pente donnée. Des signes d'activité avaLancheuse récente, les principales zone d'accumulation, de neige fraîche ou de neige transportée par le vent peuvent être observés de loin. L'observation doit se poursuivre le long de l'itinéraire, en remarquant de détails comme l'épai seur de neige fraiche et sa régularité, la présence de corniche, des traces d'avalanches, les effets du vent sur la surface de la neige, pour n'en citer que quelques-un. À l'approche d'une pente suspecte, garder en mémoire que le plus sûr chemin est de l'éviter, et si cela n'est pas possible, l'observation de la neige en profondeur pourra alors apporter des compléments d'information.

Comment choisir le meilleur endroit pour faire ces observations ?

Ce choix est crucial pour interpréter et éventuellement extrapoler correctement les résultat. Il nécessite une bonne expérience de l'observateur, en particulier si pour des raisons de sécurité, il n'est pas possible de faire les tests dans La pente principale. Il faut alors choisir une pente plus courte, moins exposée, plus sure, mais d'orientation et d'altitude similaires, tenir compte aussi de la topographie d'ensemble: pente, proximité de la crête.

isoler un bloc neige - test de stabilité

 

test stabilité manteau neigeux

 

Que cherche-t-on à mettre en évidence ?

Les accidents par avalanche concernent le plus souvent des avalanches de plaque. Pour qu'une avalanche de plaque se déclenche, le manteau neigeux doit être constitué d'au moins une couche fragile enfouie qui cassera localement au passage du skieur, provoquant une fracture initiale et d'une couche plus dure au-dessus qui permettra à un pan entier de neige de se décrocher. C'est donc ce type d'empilement de couches de neige que l'on va essayer de détecter. La difficulté provient du caractère relatif des notions de dureté et de fragilité. Il n'est pas nécessaire que la couche supérieure soit très dure pour se décrocher en bloc, une neige d'aspect encore poudreux peut avoir pris une cohésion suffisante pour produire une avalanche de plaque (appelée alors friable). Par ailleurs, la couche fragile peut être d'épaisseur très faible, parfois moins d'un centimètre et donc difficile à détecter. Une aide possible pour rechercher ces couches fragiles est alors d'effectuer un des tests de stabilité décrits ci-après.

Il est nécessaire de creuser un trou, pas nécessairement jusqu'au sol mais jusqu'à la première couche suffisamment épaisse de neige très dure ou regelée. On considère alors que les couche plu profondes sont bien stabilisées. Dans le mur de neige dégagé, on peut réaliser un profil stratigraphigue qui consiste à décrire minutieusement chaque couche de neige mais le temps que cela demande ainsi que les compétence nécessaires font souvent négliger cette étape. Toutefoi , on peut en profiter pour " toucher la neige", tester à la main les différences de dureté entre les couche . Cela permet de repérer si de couches tendres sont enfouies sous des couches plus dures et tout simplement d'acquérir une expérience personnelle de différentes qualités de neige.

Pour les tests de la pelle, le principe est d'isoler les côtés d'un bloc de neige du reste du manteau neigeux puis de le charger progressivement jusqu'à ce qu'il glisse ou se casse. Pour plus de facilité, il est recommandé de réaliser les tests sur des pentes d'au moins 30°. On peut profiter du mur de neige dégagé pour isoler une colonne de neige en creusant deux tranchées latéralement puis en découpant la partie amont. Les dimensions : 30 x 30 cm sur une hauteur maximale de 120 cm. La découpe du bloc peut se faire à l'aide d'une pelle ou des skis mais l'utilisation d'une scie à neige facilite grandement cette opération. Si la partie supérieure du bloc se met à glisser spontanément, c'est que la liaison entre ses couches est vraiment très mauvaise, quel que soit le test, on notera la rupture comme " très facile ". Il est important d'observer attentivement tout signe de rupture, en effet, le bloc peut parfois s'effondrer sur lui même et rester en place, cela arrive notamment si la pente est un peu faible. Si aucune cassure ne s'est produite, on va alors chercher à déclencher ce bloc de neige par une des méthodes suivantes:

• Méthode norvégienne ou test de Faarlund 

• Test en compression

• Stuffblock.

Quelle information retenir ?

Tous ces tests fournissent une information sur la force nécessaire à la rupture du bloc, donc une estimation de la résistance de la couche fragile. Mais d'autres éléments sont à prendre en compte pour l'interprétation des résultats : La qualité de la cassure. Il n'existe pas de méthode standard pour la caractériser, cependant plusieurs spécialistes insistent sur son importance et l'intérêt de bien observer la façon dont le bloc se casse (vitesse de la cassure) et la forme du plan de glissement (lisse ou irrégulier). Ainsi, pour un même score sur un des tests de stabilité précédents, l'évaluation de la stabilité du manteau neigeux peut être pondérée par les observations suivantes (du plus instable au moins instable) :

• Le bloc glisse soudainement selon un plan bien net, lisse, régulier ou, dans le cas d'une pente trop faible, la couche fragile s'affaisse, s'effondre nettement (cas particulier : si la couche fragile est très mince, moins de 1 cm, on ne la verra pas forcément s'affaisser, c'est alor la rapidité de la cassure qu'il faut noter).

• Le plan de glissement est lisse ou légèrement irrégulier mais le bloc ne gJisse que partiellement.

• La couche fragile ne casse pas brusquement mais se tasse, ou bien la cassure est implement initiée dan la couche et ne se propage qu'en augmentant la charge (plus de coups dans le test en compression par exemple). Ceci s'observe plutôt dans des couches tendres , proches de la surface et n'est généralement pas associé à une activité avalancheuse mettant en cause cette couche.

• Le plan de glissement est rugueux, parfois en marche d'escalier, la cassure ne correspond pas à une même couche de neige, le bloc ne glisse que très peu.

Ces tests fournissent aussi d'autres informations plus ou moins directement reliées à la stabilité de la neige :

>> La qualité de la neige dans la couche fragile

On peut observer les grains en cause, soit sur la partie du bloc resté en place, soit en retournant la partie du bloc qui a glissé. L'interprétation n'est pas toujours simple. À titre d'exemple, on peut penser qu'une couche de neige roulée peu épaisse sera moins inquiétante qu'une couche de gros gobelets. En effet, la neige roulée lorsqu'elle se dépose sur les pentes, tient mal, a tendance à s'accumuler par endroits. Elle a ainsi moins de chance de former une couche continue.

>> La profondeur de la cassure.

Une rupture juste quelques centimètres sous la surface sera beaucoup moins inquiétante qu'une autre à 30 cm par exemple. Plus généralement, on accordera moins d'importance à une couche fragile située au dessus de la profondeur de pénétration des skis. Il en va de même, si une couche fragile est enfouie à plus d'un mètre de profondeur, la contrainte d'un skieur isolé étant le plus souvent amortie à une telle profondeur. Attention toutefois à garder en mémoire que la répartition de la neige n'est pas forcément régulière dans la pente. Ne pas hésiter à vérifier un peu plus loin, parfois simplement en enfonçant le bâton et au besoin refaire un nouveau test. Principales conclusions sur les comparaisons entre tests et leur représentativité : De nombreuse études ont été menée depuis une dizaine d'années pour tenter de comparer les différents tests entre eux et pour savoir, au-delà des préférences personnelles de chacun pour tel ou tel test, s'il en est un de plu pertinent que les autres. La démarche scientifique est toujours la même, elle consiste à collecter un nombre important de données. Il faut rendre hommage à B. Jamjeson et son équipe de l'Université de CaJgary qui ont réalisé une part importante de ces travaux fastidieux.

D'autres ont aussi participé à améliorer la connaissance de la validité de ces tests, on peut citer parmi eux : P. Fohn, J. Schweitzer, R. Johnson, K. Birkeland, P.A. Schaerer. Les principales conclusions de ces travaux sont rapportées ci-dessous :

Les tests ne sont valables que pour de la neige sèche.

Aucun de ces tests n'est valable lorsque la neige est humide, c'est-à-dire quand elle contient de l'eau liquide et que les avalanches déclenchées sont des avalanches de fonte. Il faut toutefois rappeler que les avalanches déclenchées par des skieurs le sont très majoritairement en conditions de neige sèche, conditions pour lesquelles ces tests sont bien adaptés.

Faible impact de la pente sur les scores des tests.

Différentes études montrent que pour une pente de 10° plus faible, en moyenne, le score du Rutschblock (voir p.14) augmente de 1 et le test en compression diminue seulement de 1 coup. Par contre, sur des pentes de moin de 30°, le bloc n'aura pas tendance à glisser. Ceci nécessite donc d'observer attentivement le mur de neige pendant le chargement afin de repérer les signe de cassure dans une couche qui permettront de quantifier le score.

• Au regard de la surface testée et du mode de chargement, c'est le bloc glissant qui est le plus proche des conditions de déclenchement d'une mini-avalanche.

La surface testée est de 3 m2 pour le test du bloc glissant et seulement de 0,1 m2 pour les tests de la pelle. A priori, seul le bloc glissant teste une surface plus grande que la surface critique initiale de cassure nécessaire au déclenchement d'une avalanche. Le mode de chargement du bloc glissant, skieur ou surfeur, est le plus proche des conditions de chargement dynamique qui peuvent provoquer le déclenchement d'une avalanche. Le tests de la pelle en compression ou Stuffblock ont un mode de chargement qui s'en rapprochent en adaptant la force exercée à la taille de la colonne. Pour le test de Faarlund, le chargement est différent, ce test permet de détecter des couches fragiles mais n'est pas, d'un point de vue purement mécanique, un test de stabilité. En pratique, il donne quand même souvent des résultats similaires aux autres tests de pelle.

Une bonne correspondance entre les résultats d'un test du bloc glissant et la moyenne de plusieurs (3) tests de la pelle.

Le graphique ci-après montre bien un accroissement du score du test en compression avec l'accroissement du score du bloc glissant. La plupart des scores 2 du bloc glissant correspondent à des ruptures faciles à modérer à la pelle, et pour la plupart des scores 7, on obtient des cassures difficiles à la pelle. Mais les tests de la pelle sont généralement modérés pour des valeurs de bloc glissant de 3,4,5 et même souvent 6. Une étude comparant 148 essais (" The compression test after 25 years" B. Jamieson) de blocs glissants à des tests du Stuffblock aboutit à des conclusions semblables. Pour le test du bloc glissant, la charge par le poids d'un skieur ainsi que la plus grande surface testée, laissent penser qu'un seul Rutschblock sera meilleur qu'un seul test de pelle. Cependant, dans le temps nécessaire à effectuer un Rutschblock, on peut facilement faire deux ou trois tests de pelle. Si ces tests sont faits à des endroits différents, choisis avec attention, il est probable que l'on obtienne ainsi une meilleure information sur la stabilité du manteau neigeux et ses variations sur le terrain.

• Limiter la hauteur de la colonne à 1m20 pour les tests de la pelle.

La profondeur maximale de la découpe à l'arrière du bloc est différente selon les tests. Seul le bloc glissant permet de tester toute l'épaisseur du manteau neigeux. Pour les tests de la pelle, il est conseillé de limiter la hauteur du bloc testé à 1m 20. Le test de Faarlund est plus sensible à la hauteur de la colonne. Une fracture irrégulière démarre parfois à la base du trait de scie arrière. Cela rend l'interprétation des résultats plus délicate.

• Variabilité de résultats sur une même pente.

Sur une même pente, le manteau neigeux n'est pas parfaitement régulier, son épaisseur, ses qualités, sa structure diffèrent. Les scores de tests effectués à différents endroits d'une même pente varient aussi. Par exemple pour le bloc glissant, des mesure systématiques (jusqu'à 73 tests dans une même pente !) concluent que, pour un seul test de bloc glissant, la probabilité d'être à la valeur médiane est de 67 %. Pour la moyenne de deux tests cette probabilité augmente pour atteindre 91 %. Deux tests du bloc glissant seront donc plus informatifs ... mais aussi deux fois plus longs à réaliser.

• Un indicateur de la probabilité de déclencher une avalanche de plaque ?

Le graphique ci-contre (regroupe le score des test de compression effectués pour 121 plaques testées à skis, des avalanches ayant été déclenchées dans 47 cas. La décroissance de la fréquence de déclenchement à skis lorsque le score du test augmente est très satisfaisante. Cependant, il est important de noter que des avalanches ont été déclenchées dans 10 % de cas où le score du test était difficile. Ces quelques erreurs de diagnostic peuvent être fatales. Elles viennent nous rappeler que lors de l'estimation de la stabilité de la neige, on ne doit pas accorder trop de confiance en une observation ponctuelle du manteau neigeux.

Comme on pouvait s'y attendre, il n'y a donc pas de test infaillible, de recette miracle. Le choix pour l'un ou l'autre des différents tests se fera plutôt en fonction du contexte. Ainsi, dans le cadre d'un réseau d'observation ou pour des besoins de recherche, c'est généralement le test du bloc glissant qui est retenu. Ce test est aussi souvent utilisé lors de formations à la nivologie pour son aspect pédagogique de déclenchement d'une mini-avalanche. Un de tests de pelle conviendra mieux lor d'une randonnée, par exemple pour confirmer un choix avant de s'engager dans une pente. Dans ce cas, c'est probablement le test en compression qui est le plus approprié, si toutefois l' utilisateur y est habitué. Le test du Stuftblock, plus contraignant mais moins dépendant de l'opérateur, peut être utile dans le cas où des mesures sont réalisées par des personnes différentes par exemple pour des besoins de PRA locale sur un domaine skiable.

Résultat d'une étude portant sur 230 cas, à chaque fois 1 ou 2 rutschblock sont comparés à la moyenne de 3 tests en compression. Pour chaque classe du score du test de compression, les chiffres indiquent le nombre de déclenchements à skis / le nombre de plaques testées.

Quelque soit le test utilisé, il faut garder en mémoire que le résultat du test n'est qu'un élément d'information . Il peut servir à l'évaluation de la stabilité d 'une pente, seulement s'il est complété par d'autres informations et observations du terrain.

Test du bâton - test avec les skis

Les deux tests suivants ne sont pas vraiment des tests de stabilité mais sont décrits car ils sont assez couramment pratiqués.

Test du bâton

Comment ?

Enfoncer verticalement le bâton dans le manteau neigeux (côtépoignée pour plus de facilité) en tentant de sentir des différences de résistance en fonction de la profondeur.

 

Quelques remarques :

• Il ne permet de détecter que des couches fragiles suffisamment épaisses, pas trop enfouies. Ce qui ne représente qu'une partie des cas d'instabilité.

• Inversement, il ne permet pas de détecter des couches fragiles peu épaisses ni des plaques friables et il est presque impossible de traverser des couches très dures.

• Seul, il n'a que peu d'intérêt. Par contre, sa très grande facilité de mise en oeuvre peut le rendre très utile, après avoir déterminé la qualité de la neige au cours d'un autre test, pour contrôler la persistance d'un paramètre dans les couches superficielles. Par exemple l'épaisseur de neige fraîche ou encore la présence et la dureté d'une croûte de regel enfouie.

Test avec les skis

Comment ?

Traverser, effectuer des flexions ou des sauts à l'amorce d'une pente suspecte. 

 

Quelques remarques :

• Il faut noter que ce test est très peu informatif. Il est en effet impossible de savoir si on a provoqué des cassures en profondeur... sauf si toute la pente se met à glisser.

• De plus, une pratique régulière de cette technique augmenterait fortement les " chances" de se faire emporter dans une avalanche. Trop dangereuse, elle est donc à déconseiller.

Méthode norvégienne ou test de Faarlund

Qui ?

Décrite par Faarlund en 1985, Norvège.

Comment ?

On insère la pelle à l'arrière du bloc puis on tire sur le manche, parallèlement à la pente (plus facile si l'axe du manche peut se placer à 90° du plot de la pelle). La force avec laquelle on tire sur le manche de la pelle pour obtenir une cassure donne une idée de la fragilité. Avec un peu Id'habitude on peut apprécier la facilité d'obtention d'une cassure sur 5 classes: très facile (cassure obtenue en sciant), facile, modérée, difficile (pour une traction de plus en plus forte exercée sur la pelle) et impossible (aucune cassure).

Quelques remarques :

• Cette information est qualitative et dépend beaucoup de l'opérateur. Afin de mesurer la résistance limite de la couche fragile, il est possible d'équiper le manche de la pelle d'un dynamomètre mais les valeurs obtenues ont tendance à surestimer la cohésion de la neige.

• Si la couche de neige de surface est très tendre, poudreuse par exemple, il est préférable de la dégager. On pourra utiliser un test plus approprié pour la neige fraîche. Par exemple, on peut placer le sommet de la colonne (30 à 40 cm) sur la pelle, l'incliner légèrement puis taper sous la pelle doucement puis de plus en plus fort et observer si des fractures se produisent.

méthode norvegienne - test de faarlund

Test en compression

Qui ?

Des gardes de parcs canadiens dans les années 1970, décrite par B. Jamieson, Université de Calgary, Canada. À l'origine, il s'agissait d'appuyer de plus en plus fortement sur une pelle placée au sommet d'une colonne de neige. la méthode a changé mais le nom est resté.

Comment ?

Poser la pelle à plat sur le bloc puis exercer successivement des séries de 10 coups sur la pelle. Chaque série se différencie de la précédente par une augmentation de la force exercée.

• 1re série: 10 coups en tapant avec le bout des doigts, en ne faisant qu'un mouvement du poignet.

• 2e série: 10 coups avec le bout des doigts ou les premières articulations, d'un mouvement de l'avant-bras (à partir du coude).

• 3e série: frapper 10 fois la pelle avec la main ouverte ou le poing, d'un mouvement du bras (à partir de l'épaule). En cas de rupture d'une partie du bloc, on note le nombre de coups, l'épaisseur de cassure. Le score peut être classé en 5 niveaux de cassure de la couche fragile: très facile (en sciant), facile: 1 à 10 coups (lors de la première série), modérée: 11 à 20 coups (lors de la seconde série), difficile: 21 à 30 coups (lors de la dernière série) ou pas de cassure.

Quelques remarques :

• lorsqu'une cassure s'est produite sur une partie de la colonne, on peut continuer après avoir retiré la partie supérieure endommagée.

• les résultats des tests sont peu différents selon que l'on utilise une pelle en plastique ou en métal, plate ou légèrement arrondie, posée d'un côté ou de l'autre.

• la section de la colonne préconisée est de 30 cm par 30 cm. Pour une colonne de 10 cm de plus de côté, les scores sont augmentés de 3 coups en moyenne.

• Sa hauteur maxi est de 120 cm, au-delà la colonne a tendance à vaciller quand on tape.

• Si plusieurs tests ont été faits, on peut faire la moyenne des scores obtenus pour une même couche fragile.

test en compression

Stuffblock

Qui ?

Méthode développée par K. Birkeland, R. Johnson et D. Herzberg USA, Montana, afin de limiter l'impact de l'opérateur sur les résultats.

 

Comment ?

le principe consiste aussi à charger le bloc. Pour plus d'objectivité, c'est un sac en tissu léger rempli de neige, dont la masse est connue (4,5 kg), que l'on pose sur le plat de la pelle. On le laisse ensuite tomber sur le bloc d'une hauteur de 10 cm, puis 20, 30 cm, ... jusqu'à ce que la cassure se produise.

 

Quelques remarques :

• Découper une colonne de section carrée de 30 cm de côté, hauteur maxi de 1 mètre, bien isoler les murs latéraux.

• Une fine cordelette accrochée au sac de nylon et graduée tous les 10 cm offre un repère pratique pour évaluer la hauteur du lâcher.

• Un inconvénient: il faut emporter du matériel spécifique (un peson et un sac).

• On obtient de cette façon une mesure de la charge nécessaire à la rupture qui dépend peu de l'opérateur.

• À titre indicatif, les auteurs proposent l'échelle suivante comme indication de la stabilité en fonction de la hauteur de chute : jusqu'à 20 cm : très instable; de 30 à 40 cm : modérément instable ; à partir de 50 cm : stable.

test du stuffblock

Le test du bloc glissant " Rutschblock "

Le test du bloc glissant a été développé dans les années 70 en Suisse, finalisé dans les années 80 par P. Fohn (1987) et popularisé sous la forme du " coin glissant " par le guide de montagne suisse W. Munter, qui l'a délaissé par la suite. Enfin, dans les années 90, il s'est exporté en Amérique du Nord où il a été utilisé intensivement pour des études sur le terrain par B. Jamieson.

Il simule une mini avalanche de plaque, provoquée par une charge dynamique appropriée: celle d'un skieur ou d'un surfeur. C'est le test le mieux relié à un déclenchement par un skieur et donc le meilleur test pour trouver des fragilités critiques au sein du manteau neigeux. C'est un vrai test de stabilité puisqu'il intègre à la fois la résistance et l'épaisseur de la couche fragile, les propriétés de la couche dure de la plaque ainsi que les caractéristiques de la surcharge. La grande taille de l'échantillon, comparée aux autres tests de stabilité, confère une plus grande fiabilité au test du bloc glissant. Une condition nécessaire au déclenchement d'une plaque est que la fracture initiale dépasse une certaine taille critique. Il est admis que la surface testée de 3m2 est supérieure à cette taille critique. Dès lors, les caractéristiques de la cassure sont probablement indicatives. Le test du bloc glissant est quantitatif et relativement simple à interpréter. Cependant, c'est le test de stabilité le plus long à réaliser, mais seulement 10 à 15 minutes de plus à la suite d'un profil stratigraphique du manteau neigeux, ce qui est de toute façon fortement recommandé.

test du bloc glissant rutschblock

Procédure :

Comme pour n'importe quel test de stabilité, le choix du site est crucial. Il vaut mieux le faire dans des zones potentielles de départ d'avalanche, mais il peut être fait sur des pentes plus sûres, moins raides, aussi faibles que 25°. Cependant, dans ce cas, pendant le chargement, le mur bien lissé devra être observé attentivement pour détecter des cassures puisque le bloc ne glissera probablement pas. Dans la pente, l'emplacement idéal se situe là où la répartition de la neige semble être relativement uniforme et d'épaisseur plutôt en dessous de la moyenne. Ainsi, le site devra être éloigné d'une crête où le vent perturbe généralement le dépôt de la neige. Comme le test est meilleur s'il est réalisé dans des zones de départ d'avalanche, il est évident que les observateurs doivent avoir une bonne expérience de l'estimation du risque d'avalanche et de la sécurité des déplacements en montagne. Des mesures classiques de sécurité ainsi que des mesures préventives supplémentaires sont indispensables à prendre.

Après avoir fait un profil stratigraphique de la neige, un bloc de 2 mx 1,5 m est isolé du reste du manteau neigeux puis chargé de plus en plus en 6 étapes.

 

Interprétation

Le bloc glissant est assez simple à interpréter. En général, des scores de 1 à 3 sont associés à des conditions instables, 4 et 5 suggèrent une stabilité modérée du manteau neigeux et des scores de 6 ou 7 indiquent des conditions plutôt stables. Les scores doivent être interprétés en tant qu'estimations, c'est-à-dire en tenant compte d'un écart possible de ± 1. Des fausses prévisions se produisent parfois. Certaines sont sans conséquence, mais d'autres peuvent être fatales, c'est le cas où les conditions instables prédominent en dépit d'un score élevé du bloc glissant (6 ou 7). Des études ont montré que le test surestime la stabilité de la neige dans environ 10 %des cas. Les résultats du test du bloc glissant sont facilement communicables, mais comme souligné plus haut, ils doivent être accompagnés d'un profil stratigraphique de la neige. C'est le seul moyen pour tenir compte du type et de la profondeur de la couche fragile, des propriétés de la plaque etc., éléments essentiels pour une évaluation d'ensemble et pour l'extrapolation de la stabilité. Pour une interprétation plus approfondie d'un profil avec un test du bloc glissant, il existe un système d'évaluation à 5 niveaux de stabilité qui rattache l'information du manteau neigeux, dont le score du test, à une classe de stabilité. Cela donne une mesure plus formelle de la stabilité locale de la pente mais une fois encore, nécessite d'être complétée par d'autres mesures et observations pour estimer le risque d'avalanche. 

 

Limites

Le test a des inconvénients et bien sûr des limites qui doivent être connus. Certains inconvénients ont déjà été évoqués : assez long à réaliser, non fiable à 100 % et une (faible) possibilité de fausses prévisions. De plus, les étapes de chargement étant très bien quantifiées, l'utilisateur a tendance à privilégier l'aspect quantitatif du résultat, le score. D'autres limites à prendre en compte pour l'interprétation sont données ci·dessous.

• L'effet de la pente sur le résultat du test est faible. Le score augmente environ de 1 pour 10° de moins de pente.

• C'est le test pour lequel le mode de chargement est le mieux défini. Ceci limite la dépendance à l'observateur, si toutefois la personne qui charge le bloc a un poids standard, de l'ordre de 80 kg équipement compris.

• Il est recommandé de ne l'utiliser qu'en conditions de neige sèche. L'interprétation devient en effet difficile et moins fiable pour des conditions de neige humide et surtout pour de la neige mouillée.

• Le test du bloc glissant ne peut pas être appliqué avec fiabilité pour tester la stabilité de la neige fraîche sauf si la pénétration des skis lors de la cassure se situe au moins 10 cm au·dessus de la couche fragile.

• Dans le cas de couches fragiles profondément enfouies sous des couches de neige bien consolidées, le score du test sous-estime généralement la stabilité puisque les forces latérales deviennent importantes et ne sont pas prises en compte par le test.

• Enfin, comme pour les autres tests de stabilité, il faut noter que c'est seulement une mesure ponctuelle. L'évaluation de la stabilité ne doit pas se résumer seulement au résultat d'un test, mais doit intégrer toutes sortes d'observations du terrain comme par exemple, l'épaisseur de neige fraîche, le transport de la neige par le vent, la température, l'activité avalancheuse, les "whoumpf ".

Jürg SCHWEIZER 
IFENA Davos

 

Mode de chargement du bloc glissant

Score

Niveau de chargement qui déclenche la cassure

1

Lors de la découpe du bloc
2 En montant délicatement sur le bloc ou en étant debout sur le bloc, à skis
3 En poussant vers le bas par une flexion
4 Lors du premier saut à skis (surf) depuis le haut
5 Lors du second ou troisième saut depuis le haut avec skis (surf)
6 Lors d'un saut depuis le haut sans skis (ni surf)
7 Le bloc ne bouge pas

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