Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches

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13 Février, jour de chance !!!

Je suis pisteur secouriste depuis 12 ans et cet accident m’est arrivée il y a un peu plus de trois ans, le 13 février 2007 exactement.

Ce matin-là, réveil à 5 h, comme tous les jours où je débute la journée de travail à 7 h quand il y a PIDA (comprenez Plan d’Intervention de Déclenchement des Avalanches). En effet, il avait été prévu de bonnes chutes de neige avec beaucoup de vent et cela devait durer toute la journée. Mal réveillé, fatigué et nerveux, la journée démarre mal et cela va durer. Arrivé au boulot, le mauvais temps fait rage : neige, tempête et brouillard sont au rendez-vous. Les conditions pour aller déclencher s’annoncent ainsi difficiles. Nous préparons notre matériel. Je suis artificier depuis 2000 et mon collègue est « boutefeu ». Je suis donc le responsable de l’équipe.

Nous partons en chenillette jusqu’à notre point de départ à skis. Il est 8 h 30. Après vérification de nos DVA et pose de la poignée de nos sacs ABS, nous commençons la traversée qui nous emmène au premier point de tir. La visibilité est de cinquante mètres environ, le vent fait rage. Je vois avec difficulté la crête où nous devons nous rendre. Nous commençons à avancer. Arrivé à un petit rognon sans neige, je décide de laisser mon coéquipier en attente, le temps de traverser la pente devant nous. à mi-parcours de l’itinéraire, j’aperçois vaguement des rochers devant moi.

Tout à coup, j’entends un bruit sourd : c’est une avalanche qui se déclenche au dessus de moi ! Dans le brouillard, je vois la neige qui se dérobe sous mes pieds. Mon réflexe est de me mettre dans le sens de la pente, pour échapper à la coulée. Je sais la piste à cinquante mètres, mais je n’avance pas : la neige est « plaquée », difficilement skiable. Une première vague me soulève rapidement, j’ai de la neige jusqu’aux hanches. Je suis en train de m’arrêter quand, soudain, une seconde, beaucoup plus forte, me projette vers l’avant. Mes skis déchaussent, je commence à avaler de la neige. Je mets donc ma main devant ma bouche, puis tout s’arrête. Je suis prisonnier. Impossible de bouger, je suis figé, piégé dans l’or blanc ! Avec ma main restée devant la bouche j’arrive à me faire un petit espace pour respirer, puis, en bougeant, j’attrape le micro de ma radio, accroché au col de ma veste. Mon coeur doit battre à 200 km/h, j’hyperventile, je suis stressé. Je pense à mes enfants : « Non pas moi ! Pas ici ! Pas aujourd’hui ! ». C’est le black-out total. J’entends à la radio mon coéquipier dire que je me suis fait « coffrer ». J’essaye de parler : « Faites vite ! Je suis dessous ! ». J’entends des crissements de pas sur la neige au-dessus de moi, mais ils me semblent très loin.

temoignage accident d'avalanche - anena

L’angoisse quand on est sous la neige, c’est que l’on ne sait pas l’épaisseur que l’on a au-dessus de sa tête. Le chef des pistes m’encourage, me dit de me calmer : ma respiration est en effet très rapide, je stresse. Le temps me semble interminable, je sens que cela bouge au-dessus de moi. Mais doucement, je perds conscience et mes derniers souvenirs sont des lueurs roses, violettes, bleues, certainement liées à l’asphyxie. Je me réveille à la lueur lumière du jour. Mes premiers mots vont à mes collègues : « Merci ! Merci ! Grâce à vous je vais revoir mes enfants ! ». Je suis encore retenu dans la neige, coincé par les jambes. Deux autres pisteurs finissent de me dégager pendant que je reprends mes esprits.

Je n’ai rien de cassé, juste une petite douleur sous le genou droit. Je tousse beaucoup, on me met rapidement sous oxygène. Je suis accompagné chez le médecin en chenillette. Après un bilan qui n’a rien décelé, j’apprends que je suis resté neuf minutes sous un mètre de neige, dont une et demi inconscient, sans réponse de ma part aux appels à la radio. J’ai eu beaucoup de chance. Encore sous le choc, je suis ramené chez moi où je finis la journée avec ma famille. La fin de l’hiver 2007 fut difficile : j’éprouvais beaucoup d’appréhension, je n’arrivais plus à « sentir » la neige, je n’osais plus m’engager dans une pente. Puis la confiance est revenue, j’ai continué mon métier avec passion et je transmets maintenant mon expérience aux autres.

J’ai la chance de pouvoir témoigner : d’autres collègues ne l’ont pas eue… Ce qui m’a impressionné sous la neige, c’est le compactage que l’on subit et l’impossibilité totale de mouvements : je me suis senti comme coulé dans une masse de béton. Le crissement des pas audessus de moi semblait lointain et le noir était total. Cette expérience démontre qu’il est essentiel d’être rapide dans l’intervention car, passé quinze minutes, les chances de survie diminuent très vite. Cet accident s’est bien terminé, mais ce jour-là, une personne est décédée en hors-piste dans notre station, prise sous trente centimètres de neige. Elle était seule.

Ma chance fût l’intervention rapide et efficace de mes collègues pisteurs. J’ai pris conscience de l’importance de la sécurité des personnes. Quand nous partons en PIDA, nous sommes responsables de nos actes : à nous de prendre la décision d’aller déclencher ou non. La formation sur les itinéraires et points de tir de chaque secteur doit nous permettre de les connaître et de les avoir repérés avant le mauvais temps. Suite à cet accident, le PIDA de la station a été revu et corrigé, afin que les itinéraires jusqu’aux points de tirs soient clairs. C’était un 13 février, jour de chance. Depuis cette date, ma vie a changé. Chaque matin, je me lève et je profite de l’instant présent.

Michaël NOMBRET

Analyse météorologique et nivologique de l’accident

En préambule à ce commentaire, donnons, en ce qui concerne cet accident, quelques précisions de localisation qui ne figurent pas dans le récit : l’accident s’est produit dans le massif de la Vanoise, vers 2 400 m d’altitude, dans un versant orienté sud-est. En ce qui concerne le type d’avalanche, il s’agit clairement d’une plaque : d’une part, on voit très nettement sur la photo une cassure linéaire dans le haut de la pente, d’autre part le narrateur évoque lui aussi clairement le déclenchement d’une avalanche de ce type : « Tout à coup, j’entends un bruit sourd… », ce qui correspond à l’effondrement de la couche fragile suite au passage du pisteur artificier.

Contexte météorologique

La première moitié de l’hiver 2006-2007 est marquée par un sérieux manque de neige, dû à la fois à des chutes de neige peu importantes et à des températures exceptionnellement douces. Puis, en février, les perturbations neigeuses retrouvent le chemin des Alpes. Une première période de mauvais temps, du 6 au 14, apporte, dans les Alpes du Nord, 50 cm à 1 m de neige fraîche, selon l’altitude et les massifs. Ces chutes sont accompagnées de vents forts, et même temporairement violents, de direction oscillant entre sud-ouest et nord-ouest. C’est peu avant la fin de cet épisode que se produit cet accident d’avalanche.

Contexte nivologique

Avec une première moitié d’hiver peu neigeuse et douce, le manteau neigeux, juste avant le retour des chutes de neige de février et au-dessus de 2 000 m d’altitude environ, est, dans une très grande majorité des pentes, essentiellement composé de couches de grains à faces planes ou de gobelets, qui constituent des couches fragiles. Seuls les versants bien exposés au soleil (orientés sud-ouest à sud-est avec une inclinaison suffisante) présentent une structure différente, avec des couches de grains ronds plus ou moins regelés selon l’altitude et l’exposition réelle au soleil. Ainsi, assez classiquement, les versants ensoleillés semblent plus stables que les autres versants. C’est pourtant dans un tel versant que l’avalanche est partie. 

Que s’est-il passé ? 

Les bulletins et les observations nivo-météorologiques de l’époque nous apportent des éléments de réponse : les importantes chutes de neige ont été accompagnées de vents d’abord faibles puis très forts, d’une direction comprise entre le sud-ouest et le nord-ouest. Une quantité importante de neige fraîche a donc été emportée puis re-déposée dans les versants abrités du vent, notamment dans les versants sud-est. Cette neige accumulée reposait-elle sur une ou plusieurs couches fragiles ? L’ensemble constituerait alors une structure de plaque susceptible de partir en avalanche lors d’une surcharge… 

Il est légitime de répondre à cette question par l’affirmative : selon la pente, l’exposition et l’altitude, soit ce sont les grains à faces planes présents avant l’épisode de mauvais temps, soit c’est la neige récente tombée très peu ventée au début de l’épisode de mauvais temps qui a constitué cette couche fragile indispensable au déclenchement d’une avalanche de type plaque. Neige fraîche transportée par le vent et présence préalable de couches fragiles (généralement alors constituées de grains anguleux de type faces planes ou gobelets) aboutissent à une instabilité qui touche un grand nombre de pentes.

Les prévisionnistes avalanches ne s’y étaient pas trompés : ils avaient d’une part prévu pour cette journée du 13 (!) un fort risque d’avalanches spontanées et provoquées (c’est-à-dire de type plaque) sur l’ensemble des massifs de Savoie, d’autre part émis un communiqué météorologique de presse avertissant d’un fort risque d’avalanches provoquées sur plusieurs départements alpins, dont la Savoie.

Daniel GOETZ Météo France/Centre d’Études de la Neige

temoignage 131 accident d'avalanche - anena

Porteur d'un sac ABS, je n'ai pas tiré sur la poignée. En effet n'étant pas très loin du bord de piste, j'ai cru pouvoir éviter la coulée. Mon excès de confiance du à la pratique régulière du ski de montagne et ayant déjà déclenché quelques plaques, je pensé m'en sortir. Grosse erreur car quand on a la chance d'avoir un sac ABS fourni par son employeur, pas de questions à se poser, simplement tirer la poignée. 

Dans mon cas précis je ne sais pas si les coussins gonflables auraient été efficace car je me suis retrouvé en fond de pente et c'est la dernière vague qui ma ensevelit alors que j'étais presque arrêté.

Exemple de pente chargée de neige

pente sous corniche Brévent - anena

© D. Goetz

Pente abritée chargée de neige par le vent (Brévent - Chamonix)

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